L'ostéopathie soulage les femmes enceintes

N.C. N.C

C'est lourd et fatigant à porter, un bébé! Tout le corps en est déséquilibré. Avec parfois des douleurs à la clé. Quelques séances d'ostéopathie peuvent aider à moins souffrir et à préparer son corps à l’accouchement et à l’après-naissance.

Avec Jean-Marie Briand, ostéopathe à l'hôpital d'Antony, dans les Hauts-de-Seine.

Laurence, comédienne et future maman. attend un petit garçon dont la naissance est annoncée dans trois mois. Elle est resplendissante de joie: « C'est mon premier enfant et je veux vivre pleinement ma grossesse en me prenant en mains. » Avec l'aide de celles de Jean-Marie Briand, un ostéopathe qui travaille en équipe avec les sages-femmes de la maternité de l'hôpital d'Antony pour aider les futures mamans à mieux "habiter" ce corps bouleversé dans son équilibre. « la raison pour laquelle un obstétricien ou une sage-femme nous adresse une future maman, dit-il, c'est dans neuf cas sur dix pour une lombalgie. Être un bipède n'est déjà pas facile. constate-t-il. Il est évident que notre espèce n'a pas achevé son évolution vers la station verticale, sinon les douleurs de clos n‘existeraient probablement plus. Mais être un bipède qui attend un bébé est encore beaucoup plus complexe !»

Facile à imaginer mais pas plus facile à vivre pour autant. « Une future maman porte en avant de sa colonne vertébrale un utérus qui, avec son contenu, pèse dans les 10 kg, poursuit jean-Marie Briand. La musculature de tout son dos est bien obligée de compenser ce déséquilibre en avant car le système fonctionne en compression. » 

Comme une Tour Eiffel en caoutchouc

Cette réponse posturale amène un surmenage des muscles qui sont tendus, douloureux, et ont tendance à gêner, par leur hypertension. le fonctionnement de certaines structures « Par exemple, le nerf sciatique qui glisse juste sous les muscles pyramidaux pour "aller" vers les membres inférieurs, est comprimé par eux, et la future maman se plaint de sciatalgie », explique-t-il.

Dans ces conditions. la veine cave inférieure peine à remonter le sang des membres inférieurs vers le cœur, interposée qu'elle est entre l'utérus en pleine "expansion" et l'ensemble des muscles hypertoniques qui tiennent l'axe vertébral. Pas étonnant que cela retentisse probablement sur la souplesse du bassin. indispensable au passage de la tête de bébé lors de l'accouchement !

Par ailleurs, du fait de l'imprégnation hormonale spécifique pendant la grossesse, les articulations de tout le corps de la maman deviennent de plus en plus souples, ne serait-ce que pour que le bassin se détende le plus possible au moment de l'accouchement. Cela rend les efforts musculaires de plus en plus importante au fur et à mesure que l'on s'approche du terme. Et la maman se tient debout, un peu à la façon dont le ferait une tour Eiffel dont tous les boulons serait en caoutchouc : elle tend à s'affaisser sur elle-même. Et ce processus continue pendant deux à trois semaines après la naissance, ce qui a des conséquences à la fois sur le dos mais également sur la récupération abdominale et périnéale.

Différentes indications selon le terme

« Toute mon intervention va consister à chercher à "désempiler" toutes les zones vertébrales, à les décomprimer pour permettre au bassin de s'ouvrir au moment voulu», précise l'ostéopathe. Un travail de "désinstallation" de ce nouvel équilibre qu'il faudra, bien sûr, poursuivre pendant autant de temps en suites de couches.

Avant l'accouchement, deux ou trois rendez-vous au moins sont nécessaires. Une séance se déroule toujours en trois temps : d'abord le bilan des tensions, blocages, déséquilibres ; ensuite le travail de toutes les parties du corps concernées; et enfin le contrôle. Sans oublier que chaque femme est un cas particulier et qu'il ne saurait être question, pour un ostéopathe de lui "administrer" un prêt-à-manipuler applicable à toutes selon un mode d'emploi préétabli.

Par ailleurs, cette thérapeutique manuelle a des indications précises au cours du premier trimestre, où elle agit alors sur les signes de début de grossesse (nausées, tensions ligamentaires, contractions utérines, envies très fréquentes d'uriner), témoins d'une adaptation inadéquate à la nouvelle "donne" hormonale.

Au cours des deuxième et troisième trimestres, l'ostéopathie est indiquée en cas de lombalgies et pubalgies (douleurs ressenties au niveau des os du pubis), de problèmes circulatoires (varices, œdèmes), voire des contractions avec ou sans modification du col.

« Mais attention, prévient Jean-Marie Briand, un ostéopathe qui travaille sur ce problème doit être expérimenté et agir dans le cadre du travail d'une équipe de surveillance de la grossesse. En effet, au cours de cette période, les ligaments de l'utérus, dont la tension augmente considérablement, s'étirent et la structure des muscles utérins se modifie. Si la future maman a des douleurs au niveau du pubis, par exemple, et que la mobilité de l'ensemble ne "suit" pas comme cela devrait se passer,  l'ensemble musculeux de l'utérus va réagir en augmentant sa tonicité : il va donc avoir tendance à se contracter. » Tout l'art de l'ostéopathe sera alors de comprendre l'origine de ces contractions indues.

Même doigté à adopter, c'est le cas de le dire, lorsque l'enfant ne se retourne pas et reste en position de siège à la 37e semaine. « Si l'environnement dans lequel le bébé se meut reste rigide, tendu, pour une raison ou pour une autre, il ne va pas pouvoir se retourner, indique Jean-Marie Briand. Il faudra alors détendre le corps de sa maman, rendre son bassin plus souple pour qu'il y parvienne. Mais il est résolument hors de question de faire une version manuelle, qui est l'apanage exclusif de l'obstétricien et se pratique sous contrôle échographique, avec l'aide de médicaments tocolytiques (anti-contractions) et parfois d'une péridurale.

Nous nous contentons de favoriser la souplesse du bas du corps de la future maman et, par une pression des mains sur l'utérus, nous essayons de faire la "courte échelle" au fœtus pour qu'il tente de se retourner tout seul. » Pas plus. Au cours de l'accouchement, l'ostéopathe peut également agir, chez une maman sous péridurale, lorsque par exemple la dilatation à 3 centimètres stage depuis deux heures : une étude est en cours à l'hôpital d'Antony pour en mesurer l'efficacité.

Après la naissance, soigner le coccyx

Enfin, après l'accouchement, il est fréquent que le coccyx de la maman soit quelque peu déplacé (subluxé). Pour ne pas en souffrir, elle va adopter une mauvaise poster, s'asseoir en biais, aggraver les dissymétries au niveau de son bassin. Or, ce petit os formé de quatre à six vertèbres atrophiées et soudées entre elles (qui forme la queue chez les animaux), joue un rôle très important dans le fonctionnement, c'est-à-dire la physiologie, du petit bassin, car tous les tissus mous de celui-ci s'attachent au coccyx. Du coup, le réflexe de défécation peut s'en trouver modifié, comme le fonctionnement correct du périnée (avec un risque de frigidité). Il est donc très important d'intervenir précocement sur un coccyx déplacé, en manipulant de façon appropriée la zone du sacrum (os constitué par la soudure des cinq vertèbres sacrées, qui lie le bassin au dos) et du coccyx.

Le nouveau-né pourra bénéficier lui aussi, de séances d'ostéopathie si besoin est, pour l'aider à trouver une position correcte de la tête et de la colonne. L'ostéopathe fera jouer les structures osseuses de son crâne, notamment pour améliorer ses problèmes digestifs. Plus le confort maternel est assurée, plus celui du bébé l'est également. N'oublions pas que son habitat est, avant de naître, musculaire et osseux. Une maman tendue, fatiguée, douloureuse, offre un corps moins accueillant pour son bébé. Lui aussi sera peut-être moins souple, moins détendu au moment de la naissance. Les difficultés de présentation du bébé au niveau du détroit supérieur sont souvent le faire d'une mauvaise position de son corps, ses cervicales, sa tête. En fait, les désagréments ont tendances à s'enchaîner pour augmenter le temps de récupération physique », conclut Jean-Marie Briand.

Une constatation et une hypothèse que l'équipe de la clinique des Vallées, installée aujourd'hui dans l'hôpital privé d'Antony, va tenter de vérifier en comparant les qualités de récupération après la naissance des mamans suivies en ostéopathie pendant leur grossesse et de celles qui ne l'ont pas été.

Florence Arnold-Richez.