Un ostéopathe chez les prématurés

Viva Viva - Février 2000 - Reportage Régions

Le Pr Palix, patron du service de néonatalogie de la maternité de l'hôpital nord, a ouvert son service à un ostéopathe. Travaillant en binôme avec une collègue, celui-ci examine les enfants que lui signale l'équipe médicale, suivant des règles d'intervention précises adaptées au prématuré.

De ses mains naît l'apaisement. Mais pas seulement. Philippe Mahé, pédiatre à l'hôpital nord depuis vingt-cinq-ans, met au service des enfants qu'il soigne l'expérience accumulée au cours d'un itinéraire professionnel atypique. Il s'est en effet égalment formé aux médecines énergétiques chinoises et à l'ostéopathie. Mais il a fallu plusieurs années et la volonté de quelques patrons de services hospitaliers, pour que, avant même leur reconnaissance officielle, les ostéopathes soient admis en néonatalogie. Philippe Mahé et sa collaboratrice, Catherine Thévenot, se rendent dans les chambres à la demande du Pr Palix.

Ce matin-là, c'est Jade qui les attend avec sa maman. Avec un poids de 2,2 kg, elle a désormais le droit de sortir, mais pas sa jumelle, Chloé, qui pesait à sa naissance 648 grammes et qui est toujours en couveuse. Dans le ventre maternel, Jade a pris toute la place au détriment de Chloé, mais elle a aussi gardé des traces de cette cohabitation : une bosse frontale et de mauvaises postures. Catherine prépare l'enfant au travail de Philippe Mahé, qui va l'aider à corriger sa manière de se tenir. Celui-ci intervient d'abord sur cette posture inconfortable, semblable à celle que Jade a connue dans le ventre de sa mère. « Les mains lui servent de points d'appui pour s'autocorriger, dit Catherine. On la laisse évoluer pour voir ce qu'elle exprime. »

Une maman ravie d'avoir participé au travail du toucher

Jade baille, elle apprécie l'aide apportée à son petit corps en évolution. Les ostéopathes cherchent à améliorer le travail du diaphragme, car elle est un peu ballonnée, elle place son ventre et pousse de toutes ses forces sur ses jambes. « Je travaille l'abdomen dans sa globalité, en synergie de position avec le rachis lombaire. Elle adapte la position de sa tête sur son rachis et celle de ses épaules. » Philippe Mahé et Catherine Thévenot attendent qu'elle corrige elle-même son attitude. Ils testent ensuite la mobilité globale en immobilisant la tête.

La mère de Jade - les mamans sont globalement plus coopératives que les papas-, qui a participé à ce travail de toucher est ravie, et souhaite que le Dr Mahé aille voir Chloé, qui porte aussi la tête en arrière. Ce sera pour une prochaine fois, car d'autres visites l'attendent. Notamment en médecine générale, où la pédiatre Marie Fabre-Gramet, spécialiste de la méthode Brazelton à Marseille, l'envoie voir Jules. Ce petit bonhomme de vingt mois n'a quasiment connu que l'hôpital. Victime d'une hépatite cirrhotique, il attende une greffe du foie. Son papa, qui est à son chevet, discute avec Philippe Mahé des derniers bilans hépatiques, mais aussi des bienfaits que pourraient lui apporter des disciplines comme la phytothérapie ou l'acupuncture.

Les mains se rejoignent sans que l'on ait besoin de parler

Après Jules, Philippe Mahé entame avec Cather Thévenot sa consultation au centre d'action médico-sociale précoce (Camsp), soit pour revoir des enfants qu'ils ont vus en couveuse, soit, le plus souvent, pour rattraper ce qui n'a pas été fait avant.

Thomas et Lisa, jumeaux de quatorze mois, appartiennent à la première catégorie. Ils reviennent avec leurs parents parce que Thomas souffre d'otites à répétition. Les ostéopathes œuvrent pour ouvrir la trompe d'Eustache. A cet âge-là, la coopération des enfants est moins évidente et il faut compter avec l'aide des parents. « Au départ, explique le Dr Mahé, je l'ai vu pour une grande asymétrie du crâne, nous avons obtenu de bons résultats sur cette remise en forme du crâne.» Quand à Lisa, elle a des problèmes de transit. Il ausculte d'abord les tissus, une main sur le sacrum, l'autre sur le ventre, avant d'exercer un massage crânien pour réguler le système nerveux. Maman est là en réconfort et Catherine en soutien. «Les mains vont se rejoindre sans qu'on ait besoin de parler. On sent que c'est là qu'il faut aller. Le crâne a des répercussions surtout le corps, car l'adaptation est plus facile chez le tout-petit.» Lisa est encore un peu raide. Le Dr Mahé travaille alors sur une côté, puis sur le diaphragme et sur le foie. La petite fille retrouve alors un peu plus d'aisance. Sa maman chantonne et Lisa s'endort.

C'est au quotidien, sur le sommeil ou sur le comportement général des enfants, que l'on mesure les bienfaits des interventions de Philippe Mahé.

Hélène FOXONNET